Pouce levé et Mimou en bandoulière, j’ai passé ces trois derniers mois à parcourir l’Europe en auto-stop, direction le Cap Nord. En voulant économiser un peu d’argent, j’ai, sans même m’en rendre compte, placé les rencontres et le partage au cœur même de mon voyage. En trois mois j’ai fais des réserves de bonheur pour ces dix prochaines années. J’aimerais t’offrir ça, à toi, voyageur un peu bizarre, qui lis mon article plein d’appréhensions et te demandes toujours si c’est pas un peu dangereux, quand même, ces histoires d’inconnus… Voici mes quelques astuces pour faire de toi un pro de l’auto-stop.

Mais pourquoi faire de l’auto-stop ?

…quand un vol Easyjet coûte trois fois rien ?

Pourquoi attendre cinq heures sous la pluie à la sortie d’Oslo pour rejoindre Bergen, alors qu’il y a des cars confortables avec un monsieur qui prend même la peine de vous dire où regarder?  J’avoue qu’avant mon départ je ne m’étais pas du tout renseignée sur la pratique, je pensais qu’il n’y avait qu’à se mettre au bord de la route et lever le pouce, pour tout dire, je n’avais pensé qu’aux avantages économiques, mais l’auto-stop c’est bien plus que ça.

Il y a le moment où l’on pose son sac pour lever le pouce et où l’on se dit que maintenant tout peut arriver; du banquier dans sa nouvelle voiture à l’ouvrier qui te partage son Burger King, de la nonne qui prie pour toi à l’ex héroïnoman qui te raconte son parcours, de l’ado post-pubaire avec le coffre plein de bière au grand-père qui te parle de son incontinence (exemples véridiques). Et puis il y a la rencontre, les conversations, le partage. Ton chauffeur devient ton ami le temps d’un trajet, vous ne vous reverrez sûrement jamais, alors vous vous racontez tout, de ce qui vous passe par la tête à ce que vous avez sur le coeur. Tu te surprends toi même, d’habitude bizarre, timide et franchement pas loquace, tu te sens bien, mieux dans ta peau et fier, putain ! Tu ne regrettes en tout cas pas d’avoir pris ton courage à deux mains et dépasser tes limites. La rencontre est tellement anonyme que les barrières tombent très vite et un lien se crée après seulement quelques minutes. C’est ça l’auto-stop, finalement.

Dernièrement je suis tombée sur l’article d’Astrid, d’histoire de tong, une perle qui vous donnera encore plus envie de vous lancer.

Devenir un pro de l’auto-stop :

Comment ça se passe ton histoire ?

Transport totalement gratuit. Dans certains pays, il est possible que l’on vous demande de participer aux frais d’essence, tellement élevés par rapport au niveau de vie.

L’auto-stop est légal dans presque tous les pays à condition de ne mettre personne en danger : il faut trouver le bon spot pour que les voitures puissent s’arrêter en toute sécurité. Il est illégal de faire du stop dans certains états des Etats-Unis ainsi que sur l’autoroute. Même si l’on s’appelle Sarah, qu’on est perdue et qu’on marche des km sur le bord de l’autoroute sans même s’en apercevoir.

 

Il y a deux sortes d’auto-stop :

L’auto-stop actif – celui où l’on va dans les stations services demander directement aux gens de nous embarquer. Pour ce faire il faut ne pas être timide et bien parler la langue afin de se faire comprendre. L’avantage est qu’il est parfois plus facile de trouver une voiture, et puis on peut sentir le conducteur avant de grimper, c’est très important dans certains pays réputés dangereux, ne serait-ce que pour se rassurer un peu. Les gens sont un peu mis sur le fait accompli et acceptent plus facilement. L’inconvénient pour moi, en plus de mon mauvais anglais, est que j’ai l’impression de forcer les gens. Ne jamais, JAMAIS, cogner aux vitres… Jamais !

Auto stop- panneauL’auto-stop passif – pour ma part, c’est celui qui me convient le mieux. Le but est d’aller près des entrées d’autoroutes avec un panneau et attendre avec son plus beau sourire (et de la musique, s’il vous plaît) ! L’attente peut être plus longue, mais quand les gens s’arrêtent, c’est qu’ils en ont vraiment envie et ça c’est génial! Il faut trouver le bon endroit où se placer : avoir un maximum de visibilité et une bonne place pour que le conducteur puisse s’arrêter. Les arrêts de bus sont les endroits parfaits! Et on peut écrire des conneries sur les pancartes, ça c’est cool ! L’inconvénient est qu’il n’est pas possible de sentir le conducteur, surtout avec un panneau, difficile de dire au conducteur qu’il ne va pas au bon endroit et esquiver un trajet foireux.

Tu es responsable de ton sac :

Gardez-le le plus proche de vous et évitez de le mettre dans le coffre si possible (j’ai toujours peur que le conducteur démarre au dernier moment et parte avec). Encore une bonne raison de voyager léger.

 

La panoplie du parfait auto-stoppeur :

  • Gilet de sécurité fluo
  • Vêtements adaptés (K-way, casquette…)
  • Accessoires en rapport avec l’environnement : crème solaire, chauffe-mains, ANTI-MOUSTIQUE…)
  • Carte ou téléphone pour s’orienter
  • De quoi ne pas mourir de soif
  • Éventuellement une petite lampe clignotante si vous faites du stop la nuit, dans le noir.
  • Une tente ? Voyageant au plus léger je n’en ai pas prise mais j’avoue que passé 22 heures, perdu au milieu d’une route nationale déserte, ça aurait aidé… C’est peut être indispensable pour les longs trajets, de nuits ou dans des lieux trop peu passants.
  • De quoi écrire une pancarte, mais au pire on se débrouille.
  • Un préservatif (cet article qui t’explique pourquoi)

La sécurité de l’auto-stoppeur :

C’est pas un peu dangereux ton histoire ?

Toujours garder son téléphone chargé. Pour trois raisons :

  • Contacter un proche si quelque chose se passe mal. Ayez dans votre répertoire les numéros d’urgence. En Europe, c’est 112.
  • Suivre le trajet. J’ai une application « Here » (il y en a beaucoup d’autres), où l’on peut télécharger une carte d’un pays et l’utiliser sans wifi. Entrez votre lieu de départ et d’arrivée et jetez un œil de temps en temps, vérifiez que le chauffeur soit sur la bonne route, surtout si vous le suspectez de ne pas suivre la trajectoire prévue. Je l‘utilise à chaque trajet, ça me rassure vraiment.
  • Certaines personnes prennent la plaque d’immatriculation en photo ou la mémorisent avant de monter et préparent à l’avance un message d’SOS pour un proche, c’est compliqué à faire, mais ça peut être vraiment utile.

 

NOOOOOOOOOON, je suis une fille !!!

Contrairement aux idées reçues, je ne suis pas sûre qu’il soit plus dangereux pour une femme de faire de l’auto-stop. En théorie on est des « proies », il faut faire attention, tout le monde veut nous faire du mal, et puis les statistiques, tu sais… Moi j’ai surtout vu un meilleur traitement parce que je suis une fille, que j’ai besoin de manger plus, qu’on soit gentil avec moi et puis qu’on m’emmène à l’adresse exacte où je suis attendue « parce que le monde c’est dangereux pour une fille ». L’avantage est qu’on ne fait pas tellement peur et les automobilistes s’arrêtent plus facilement. L’inconvénient est qu’on nous répète tous les jours que c’est tellement dangereux, on a à répondre tous les jours aux mêmes questions :  » Tu n’as pas peur ? Et qu’est-ce qu’en pensent tes parents ? Je ne voudrais pas être ta mère. Tu sais, tu ne devrais pas voyager seule, c’est risqué… » Ma théorie est que si quelqu’un veut me tuer, il le fera de la même façon si je suis seule ou avec une amie. Je refuse de prendre mon sexe comme une contrainte. Évidement, ça part d’une bonne intention, mais c’est lourd.

Une des technique est de faire appel aux valeurs humaines du conducteur. Parlez lui de sa famille, ses éventuels enfants, vos points communs avec eux.  Au final, on vous adopterait presque !

 

Hommes ou une femmes, les risques existent :

Il se peut qu’une voiture s’arrête et que le conducteur vous fasse des propositions indécentes, dans ce cas-là un NON ferme suffit. Ça m’est arrivé au nord de la Norvège, une fois. J’étais tellement choquée que j’ai eu du mal à reprendre mes esprits. La première fois n’a pas été évidente pour moi, mais on s’en remet vite. Soyez claires dans vos intentions.

Il faut espérer le meilleur, mais aussi se préparer au pire, il y a cet article très intéressant d’Anick-Marie concernant la nécessité de toujours avoir un préservatif sur soit quand l’on fait de l’auto-stop, en cas d’agression.

J’ai lu beaucoup de témoignage de gens agressés en voyage, il faut savoir que ça existe et s’y préparer mentalement un auto-stoppeur averti en vaut deux.

Si le trajet se passe mal, ou même, si vous ne vous sentez pas à l’aise demandez à sortir du véhicule à la prochaine sortie ou air de repos. Si le chauffeur refuse, restez calme et dites-lui que vous avez photographié la plaque, que vous allez contacter votre famille, la police, le père-noël, dissuadez-le ! Montez le ton, menacez de sauter de la voiture (ne le faîtes pas), sortez votre spray au poivre s’il le faut (ne vous en servez pas, vous étoufferez aussi et risquerez un accident). Si rien ne va appelez à l’aide, essayez d’appeler la police.

Après l’aspect pratique quelques conseils humains à garder en tête :

 

Soyez prudents, mais pas parano !

Lors de mes premiers trajets solos, j’avais toujours ma bombe au poivre dans une manche et puis mon couteau suisse dans l’autre. Les inconvénients sont que quelle que soit l’arme elle peut se retourner contre vous. Ce n’est pas tellement légal et puis je me vois mal planter quelqu’un avec mon couteau. J’ai déjà failli vomir quand je l’ai planté dans un poisson… Restez alertes afin de réagir en toutes circonstances et évitez de dormir si vous n’êtes pas totalement sûrs du conducteur.

Sachez dire non !

Si vous ne sentez pas le conducteur ne montez pas. C’est con comme conseil, mais n’ayez pas peur de refuser. Ne montez pas si vous trouvez le conducteur stressé, si vous remarqué qu’il est ivre.

Inversement ne faîtes pas de conclusions hâtives.

Mes deux meilleures expériences d’auto-stop étaient la première fois avec deux hommes musulmans avec « des têtes de méchants » et la deuxième un « vieux fou » d’Amsterdam. Les deux fois je me suis sentie en sécurité, mais je n’ai pas pu m’empêcher de me dire qu’ils pourraient m’agresser sans difficulté s’ils le voulaient. J’étais sur mes gardes la première heure, mais ce sont, de tout le voyage, les personnes qui m’ont apporté le plus. Dans les deux cas, c’était vraiment des personnes très généreuses et ces deux expériences ont changé mon regard sur la religion, l’amour, la famille et ma propre peur, à vie. Si j’avais écouté les conseils que les « non-voyageurs » ont pu me donner, je ne serais sûrement pas montée dans ces voitures et j’aurais loupé deux des expériences les plus fortes de ma vie, pensez-y. Suivez votre instinct !

Et le plus important :

Suèdois

Ayez confiance en l’autre. Ne soyez pas naïf, ne vous mettez pas en danger, mais oubliez tout ce que vous avez appris depuis l’enfance. Vous avez le droit de parler aux inconnus et de leur faire confiance s’ils vous inspirent confiance, et même d’accepter leurs bonbons. Toutes les personnes que vous croisez ne rêvent pas uniquement de vous faire du mal! Si vous partez en ayant peur, en vous disant que dans les journaux vous voyez tous les jours des articles sur des meurtres, des violes, des agressions, vous vous placez dès le départ en victime et il y a tellement plus de chance que votre voyage se passe mal. Je préfère mourir parce que j’ai trop cru en l’autre que d’avoir peur de mon prochain tout au long de ma vie. J’ai commencé à être vraiment heureuse au moment où j’ai arrêté d’avoir peur de tout et de tout le monde. Il faut beaucoup de courage pour surpasser les craintes que peuvent susciter le voyage en auto-stop, mais ça se fait avec le temps et l’expérience. Essayez de ne pas voyager seuls les premières fois, sur des plus petites distances et si possible en Europe (même si ça ne veut rien dire), moi ça m’a rassurée.

Pour aller plus loin :

Il y a Anick-Marie : cette femme a parcouru plus de 150’000 km en auto-stop, son blog, Globestoppeuse, est une mine d’informations et de conseils.

Le site de l’Année :

HITCHWIKI ! Un site collaboratif où les auto-stoppeurs publient leurs bons plans. Faîtes une recherche par ville et trouvez votre spot parfait. N’oubliez pas de publier vos expériences par la suite.

 

Devenir un pro de l'auto stop

J’espère que mon article vous a aidé et vous motivera à repeupler nos entrées d’autoroutes en secouant vos jolis pouces ! Si vous avez d’autres astuces partagez-les en commentaire.

Auto-stop : Mon guide pour devenir un pro

Parlons voyage |

4 commentaires

  • Annajo Janisz
    Reply

    Truffé de bonnes infos, aéré (ça aussi ça joue pour l’ergonomie de la lecture et pour que les lecteurs lisent jusqu’au bout ^^) et saupoudré d’humour, que demande le peuple ?

    Les filles peuvent voir que ce n’est pas si compliqué que ça de voyager toute seule et qu’avec du bon sens et de l’humour, on s’en sort pas plus mal qu’un mec ! Si ce n’est encore mieux. Je peux le dire, ayant déjà voyagé un paquet de fois seule. (« seule » entre guillemets puisque, comme tu le dis dans cet article, on fait toujours des rencontres exceptionnelles et seule, on ne l’est jamais vraiment. Mimou serait d’accord avec moi ^^)

    Je vois que tu as déjà fait de belles rencontres et que tu nous fais partager tes tuyaux avec nous en toute simplicité et dans la bonne humeur. Merci pour tes partages et tes bons conseils et je répète ce qui a été dit ci-dessus : continue ainsi 😉

    • Sarah
      Reply

      Merci Joanna pour ton commentaire tout gentil 😀 En deux phrases tu dis tout ce qu’il me faut un article complet à tenter d’expliquer, haha.
      Salutation à Puppy

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