Changer de vie

Sept ans d’études, le cul sur une chaise à écouter un prof dépressif, maladroitement imbu de lui-même, m’apprendre à parler de la politique et de l’histoire en allemand. Avec ce regard accusateur qui me dit que je n’apprends pas assez vite, que je suis trop distraite. Ce regard qui me faisait passer pour une incapable, maniaco-dépressive, de toute façon trop sensible pour réussir dans le monde du travail. Me réveiller avec le stress du matin. Boire en vitesse un café brûlant, et puis m’endormir après trois somnifères, sur un reportage anxiogène d’enquêtes exclusives. Me battre contre mes convictions, oublier tous mes rêves, mon âme d’enfant, écraser mes idéaux, pour espérer, un jour, peut être, sortir d’une HES avec un papier d’éducatrice. Supporter tout ça ? Ok… Mais pourquoi? Et surtout, comment ? Pour faire plaisir à qui ? Quel intérêt si je perds toute humanité en chemin ?

J’ai écrit ça en 2014, il y a pile une année en fait. Aujourd’hui j’ai un peu plus compris, avec un an de réflexion et de recul, un an de voyages et de rencontres ; c’est pas qu’on est fous, c’est pas « qu’ils » sont cruels, c’est juste que le système tel qu’il est, ne convient pas à tous. Ce qui nous anime est différent. Au fond, ce qui me donnait la haine, c’est que personne ne m’a jamais dit qu’une autre vie était possible.

Pourquoi ce blog ?

C’est peut-être ça le but de ce blog, avec plein d’amour et de sincérité, rendre leur étincelle à mes proches et mes lecteurs. Pointer du doigt une porte de secours qui conduit tout droit à nos rêves d’enfant. Prouver par A+B, de la Norvège à l’Argentine, d’un sommet vertigineux au centre des plus grandes villes, que c’est possible. Au fil des rencontres me permettre de grandir, m’épanouir et devenir quelqu’un de meilleur. Et grâce à ça, vous donner quelques-unes de mes clés pour vous aider, vous aussi, à changer de vie. Je crois que c’est ça, vraiment, le but de ce blog.

changer de vie

Changer de vie, ok. Mais comment ?

L’histoire improbable d’une Globe-stoppeuse

Beaucoup de stress, entre une prise d’indépendance, un job alimentaire et des études qui débutaient. Beaucoup trop. À m’en pourrir la santé. Beaucoup de lits d’hôpital, de Secret Story comme seule distraction et de temps passé à cogiter.

Et puis le jour de la sortie. Difficile de marcher/respirer/parler et me tenir debout, mais j’étais dehors et enfin libre. Tout avait repris de la couleur. Interdiction de laisser retomber cet enthousiasme, et puis merde, je pars à Toulouse. J’ai toujours voulu voir Toulouse et l’un des artistes que j’aime bien y faisait un concert. Boitons gaiement jusqu’à Toulouse !

Après quelques jours entre Toulouse et Montpellier, il était temps de retourner dans l’ennui profond et insoutenable qu’était ma vie. J’avais pris trop de retard sur mes cours, mes patrons n’étaient pas très contents et j’avais des rendez-vous médicaux importants. Et là, le coup de bol. On m’a volé mon porte-monnaie, toutes mes cartes et mon téléphone.

Devine ce que j’ai fait ?

Bah j’ai joué du triangle dans un groupe de « hippies-musiciens de rue ».

– viens, on fait un concert !

– mais je joue de rien et je ne sais pas chanter…

Ont suivi mes deux cent premiers km en stop, les plus maladroits, paranoïaques et ridicules de l’histoire de l’auto-stop. Finalement, je n’ai même pas fait exprès de changer de vie. Vous devinez la suite…

Ma vie est devenue une aventure, et l'aventure est devenue belle.

Pourquoi voyager sans argent ?

Un refus de notre société ? Une envie de voyager en étant correcte avec mes principes ? Tester mes limites ? Une peur panique de devenir une connasse cupide ?  À vrai dire même moi je ne sais pas la raison exacte de ce choix extrême. Plus les semaines passaient, plus je voulais aller loin et pour plus longtemps. J’ai fait plusieurs budgets de voyage, mais rien à faire, pour un an autour du monde, j’en aurais au moins pour 10’000 CHF et encore, en me privant.  J’ai commencé à m’intéresser aux voyages alternatifs, aux transports improbables, aux techniques de survie et à l’hébergement chez l’habitant. J’ai ouvert la porte sur un monde que je n’avais jamais pensé existant. Puis j’ai passé des mois à rassembler mon courage.

D’Epalinges au Cap Nord en 80 jours

Le 20 mai 2015, j’ai sauté le pas. Sans un sou en poche, sans carte, sans aucune sécurité financière, j’ai pris la route. D’Epalinges au Cap Nord, environ 10’000 km aller-retour, 79 nuits donc 77 passées chez de parfaits inconnus, des journées sans rien avaler, des températures peu clémentes et une santé pas toujours au rendez-vous. // Des centaines de rencontres, des douches réparatrices, des plats de pâtes dévorés en dix secondes, les larmes aux yeux de gratitude. De l’espoir au dépit, de l’ivresse à l’anéantissement, du rire aux larmes, sans cesse mes sentiments se sont contredits. Je n’ai jamais ressenti un sentiment de liberté aussi fort.

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J’ai repris confiance en moi, je suis devenue plus autonome, forte et surtout libre. Tout n’a pas été rose, mais les instants de bonheur, les rencontres et les émotions, n’auraient jamais été si puissants avec de l’argent, ça j’en suis convaincue.

Les étapes et les vidéos de ce voyage sont par ICI

voyager seule
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norvege

« Trop bon, trop con », t’es sûr ?

J’ai reçu tellement de soutien d’inconnus qui m’ont aidée sans jamais rien attendre en retour. Tous mes préjugés sont tombés au fil des jours. J’ai tellement de gratitude pour ces gens, mes mille amis au grand coeur, qui, en plus de m’avoir aidée pour une nuit ou un repas, m’ont redonné confiance en la vie, en « l’autre » et en moi-même. Ouvrir son coeur, partager, c’est la base de la sérénité, de la confiance et de la sécurité. Ces choses ne coûtent rien.

Utopique ?

Totalement ! Mais vu la situation sociale, économique et écologique, ça ne peut pas nous faire de mal.

L’impression de profiter des autres

J’ai eu un cas de conscience phénoménal les premiers temps. Jusqu’à une rencontre avec un conducteur qui m’a avoué penser fréquemment à se suicider, jusqu’à notre rencontre. Je me suis rendu compte du pouvoir de mon enthousiasme. J’essaye toujours de donner le meilleur de moi. D’être là, à l’écoute, pour n’importe quel humain, qu’il m’héberge ou me croise dans la rue. C’est ma faible contribution. Malgré ça, j’avoue que la question tourne encore beaucoup dans ma tête. À vrai dire, je mets beaucoup d’espoir dans ce blog. J’aimerais, à terme, en retirer un certain revenu pour aider les personnes pour qui l’argent est capital, tout en continuant à inspirer ceux qui souhaitent commencer à voyager autrement.

Pourquoi filmer mes voyages ?

Parce qu’il y a des moments qui ne se racontent pas, mais qui se vivent. Je voulais vous offrir mes yeux, vous placer sur mon épaule et vous prendre en voyage avec moi. Je n’avais jamais tenu de caméra ni fait de montage vidéo avant mon premier départ. Certes, leur qualité reste désuète, mais je ne cherche pas à faire un truc propre, juste à partager mes rencontres, mes galères et mes joies de la façon la plus authentique possible.

T’avais pas dit un tour du monde ?

Ouais, ok. Je reconnais avoir vu grand. Ce premier voyage m’a fait me rendre compte de mes limites ; je ne serai jamais Dora l’exploratrice. Cette façon de voyager m’est totalement bénéfique mais m’épuise. Je ne m’attendais pas à en chier autant. Après trois mois sur la route, j’ai eu besoin d’une pause, déjà pour me reposer, et puis pour comprendre tout ce qui s’est passé, toutes ces émotions, une sorte de bilan.

Ce n’est pas évident de rédiger ces pages À propos, n’hésitez pas à me laisser un commentaire s’il reste des questions quant au projet !

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